jeudelangage.eu
langage modélisation interaction (clinique) dont la visée est la pertinence avec l'interlocuteur notamment, la caractérisation de l'objet de la transaction pour lui, en particulier les conditions de (non) possibilité de cet objet.
abduction ? méthode expérimentale?

 


 

 

La relation ci dessous[i]  ne montrerait-elle pas les façons de dire et de faire du médecin narrateur ? (Dans le texte de cette narration deux tailles de police ont été adoptées afin de mettre en relief des passages, des termes dans leur texte). Ces manières de dire et de faire ne présenteraient-elles pas nombre de traits de ce qui serait notamment connu sous ces appellations : abduction[ii], démarche expérimentale[iii] ? Ces dernières n’auraient-elles pas été pratiquées, préconisées par Ignace Philippe Semmelweis[iv] ou Claude Bernard[v] par exemple ?

 

 « Pour être le destinataire d’un familigramme, vous devez donner à la BOFOST[vi] le nom et l’adresse de la personne par vous élue : mère, épouse ou fiancée. Celle-ci envoie son texte chaque semaine à la BOPOST, qui le met en code et nous le transmet par ondes ultra-longues, en même temps que les informations générales et les messages opérationnels.

(…)[vii]

J’ai mal au pied, dit Vigneron.

Pas étonnant, dit Le Guillou. La radio, elle est toujours en ballade d’un bout à l’autre du bateau, un papelard à la main. C’est la belle vie !

(…)

Je tâte son pied.

-Vous avez mal là ?

-Non, docteur.

-Et là ?

Non plus.

-Et là ?

-Un peu.

Je diagnostique une légère tendinite de l’extenseur du gros orteil, et je lui fais donner une pommade par Le Guillou. Elle ne lui servira pas à grande-chose, sinon à lui donner l’impression réconfortante qu’il est soigné. En revanche, je lui donne un bon conseil.

-Vigneron, ne descendez pas les échelles à toute allure ! Prenez le temps de bien poser le pied !

-Qu’est-ce que vous voulez, docteur, moi, il faut que je cavale !

-Je vais te faire un petit massage tout de suite, cavaleur, dit Le Guillou.

-Ah, merci ! Dit Vigneron.

-Mais « la radio qui est toujours en balade » a dû lui rester sur le cœur, car il ajoute :

-Voyez-vous, docteur, les gars, ils me voient aller et venir, ils croient que je me donne du bon temps. Mais moi, docteur, je joue un rôle important à bord. Si la radio fonctionne plus, qu’est-ce qui se passe ? Le SNLE[viii] perd le contact avec le commandement à terre, et il n’y a plus de dissuasion !

Le Guillou hausse imperceptiblement les épaules en me jetant un œil, mais il se tait. Il a beau être bavard, il sait aussi écouter.

-Vous recevez beaucoup de familigrammes par jour, Vigneron ?

-Une bonne douzaine tous les soirs.

-Et alors qu’est-ce qui se passe ? Vous les remettez aux intéressés ?

-Pensez-vous, docteur ! Il y a un filtre : c’est le commandant en second.

-Et pourquoi ce filtre ?

-Ben voyons, docteur, si un familigramme annonce à un gars la mort de sa femme à mi-marée, on va tout de même pas le lui dire tout de suite : ça serait horrible !

-Et quand le lui dit-on ?

-Le jour du retour.

-C’est horrible aussi.

-Ce n’est pas la même chose, dit Le Guillou en levant la tête. Un gars qui reçoit un choc pareil alors qu’il est enfermé à bord du sous-marin, c’est un désastre. Pour lui, pour son travail, pour son équipe.

J’entends bien, le bateau d’abord. Je ne blâme ni n’approuve, je réfléchis. Et plus je réfléchis, moins je parviens à me faire une religion. C’est un de ces irritants problèmes qui se posent à chaque instant et qu’on n’arrive jamais à résoudre.

-Maintenant, tu te rechausses, « trans », dit Le Guillou, j’ai fini. (…). Comme a dit le docteur (…) tâche de pas cavaler si vite, sinon un de ces jours, tu vas te péter le tendon d’Achille ou te décoller un ménisque.

Cette érudition frimeuse est perdue pour Vigneron qui se rechausse lentement, sans piper mot, l’œil soucieux derrière ses lunettes de fer. A le voir ainsi prendre son temps, je comprends qu’il a besoin de me parler. Et Le Guillou le comprend aussi, qui passe dans la chambre d’isolement.

-Docteur, dit Vigneron, vous trouvez ça correct de laisser ignorer à un gars que son père est mort ?

Difficile de répondre oui. Délicat de répondre non. Je ramène le problème du général au particulier.

-Vous avez des inquiétudes sur la santé de votre père ?

-Oh, non ! Pas du tout ! Il se porte comme un charme ! Ma mère aussi.

-Pour votre femme alors ?

-Je ne suis pas marié.

Il jette un œil à la chambre d’isolement et baisse la voix.

-Mais je suis fiancé.

-Et votre fiancée se porte mal ?

-Oh, non ! Pas du tout !

Je me tais. J’attends. Il me regarde, baisse les yeux, les relève, et dit :

-En deux semaines de marée, pas un mot d’elle !

Et tout d’un coup il éclate :

-C’est pas un monde, ça, docteur ! Je reçois dix à quinze familigrammes par jour et pas un seul pour moi !

-Vous craignez qu’elle soit malade ?

-Mais non, docteur, dit-il avec véhémence. Je vous l’ai déjà dit ! Une santé de fer ! Jamais un rhume !

Un silence.

-Vigneron, dis-je. Il ne faut pas se hâter de tirer des conclusions. Il y a peut-être des circonstances qui expliquent…

-Quelles circonstances ? Dit-il d’un ton presque agressif.

-Mais je ne sais pas, moi, dis-je en écartant largement les deux mains… Il se peut qu’en partant vous lui ayez dit un mot qui ne lui a pas plu. Les filles, vous savez, c’est très susceptible. Ça se vexe pour un rien.

Cette maxime machiste éculée (et Dieu sait si je la trouve sotte au moment où je l’énonce) n’en produit pas moins sur lui un effet apaisant.

-Vous croyez, docteur ? Dit-il avec espoir.

-J’ai un peu honte de jouer au gourou. Mais d’un autre côté comment le laisser en proie aux affres de la jalousie, alors qu’il a encore une semaine à tirer ?

– C’est bien possible, dis-je gravement.

-Alors, docteur, elle me boude ?

-C’est probable.

Il réfléchit.

-C’est quand même vache, dit-il avec un petit retour de sa véhémence, de me bouder alors que je suis enfermé sous l’eau dans une boîte en fer !

-Quel âge a-t-elle ?

-Dix-neuf ans.

-Je hausse les épaules.

-Elle ne se rend pas compte, Vigneron ! Elle vit entre papa-maman ! Comment voulez-vous qu’elle imagine le genre de vie que nous menons ici ?

-Il fait oui de la tête. Il me regarde. Il esquisse un sourire. Je lui rends regard et sourire. Je me vautre avec lui dans le sentiment réconfortant de la supériorité virile.

-Eh bien, docteur, dit-il chaleureusement, merci…

Il s’interrompt et reprend avec pudeur :

-Merci pour le pied.

Et il s’en va. Opération valium terminée. Ses doutes reviendront le ronger et il reviendra me voir. (…) C’est la deuxième fois que je vois Vigneron et je suis attristé pour lui. J’ai bien peur que sa petite nana, à son retour, ne lui révèle qu’elle en aime un autre.

-Vous voulez que je vous dise, docteur ? Dit Le Guillou (…) : l’infirmerie pour eux, c’est la nounou et le curé ! Quand on a un bobo, on va se faire chouchouter, et quand on a quelque chose sur le cœur, on se confesse. Moi je suis la nounou. Et vous, docteur, vous êtes le curé… ».

 

 

 

 

Ces échanges verbaux et non verbaux n’auraient-ils pas été enclenchés par cette énonciation de Vigneron : « J’ai mal au pied » ? Ne pourraient-ils pas être assimilés à un jeu de langage entre ces trois partenaires : le médecin narrateur, Vigneron et Le Guillou ?

 

 

La dialogique entre les deux premiers notamment ne présenterait-elle pas un certain nombre d’aspects intéressants pour l’entretien (clinique) dont l’objet serait le problème posé par l’énonciateur (à l’énonciateur) avec ses conditions de (non) possibilité ?

Ne laisserait-elle pas saisir notamment la démarche du médecin narrateur ? Au départ une observation hypothétique n’aurait-elle pas été effectuée par le médecin ? Sa mise à l’épreuve n’aurait-elle pas suivi ? Un résultat n’aurait-il pas été obtenu ? Ce résultat n’aurait-il pas constitué un nouveau problème pour le narrateur ? Une nouvelle hypothèse n’aurait-elle pas alors été produite en conséquence puis mise à l’épreuve ainsi de suite jusqu’au résultat final pour ce segment des échanges entre l’homme de l’art et Vigneron ?

 

 

 

 

 

« J’ai mal au pied », tel n’aurait-il pas été le problème de Vigneron ? Ne l’aurait-il pas posé en ces termes au médecin ? Une fois ce problème traité par le médecin et Le Guillou, le narrateur n’aurait-il pas cependant rapporté ces observations : « Cette érudition frimeuse est perdue pour Vigneron qui se rechausse lentement, sans piper mot, l’œil soucieux derrière ses lunettes de fer. A le voir ainsi prendre son temps, je comprends qu’il a besoin de me parler. Et Le Guillou le comprend aussi, qui passe dans la chambre d’isolement. » ?

 

Ces interprétations du médecin n’auraient-elles pas aussi été produites : « Cette érudition frimeuse est perdue pour Vigneron qui se rechausse lentement, sans piper mot, l’œil soucieux derrière ses lunettes de fer. A le voir ainsi prendre son temps, je comprends qu’il a besoin de me parler. Et Le Guillou le comprend aussi, qui passe dans la chambre d’isolement. », « Cette érudition frimeuse est perdue pour Vigneron qui se rechausse lentement, sans piper mot, l’œil soucieux derrière ses lunettes de fer. A le voir ainsi prendre son temps, je comprends qu’il a besoin de me parler. Et Le Guillou le comprend aussi, qui passe dans la chambre d’isolement. » ?

Cette conclusion explicative (hypothétique) n’aurait-elle pas alors été énoncée par le narrateur : « Cette érudition frimeuse est perdue pour Vigneron qui se rechausse lentement, sans piper mot, l’œil soucieux derrière ses lunettes de fer. A le voir ainsi prendre son temps, je comprends quil a besoin de me parler. Et Le Guillou le comprend aussi, qui passe dans la chambre d’isolement. » ?

 

En ces termes le médecin n’aurait-il pas attribué à vigneron un  « Cette érudition frimeuse est perdue pour Vigneron qui se rechausse lentement, sans piper mot, l’œil soucieux derrière ses lunettes de fer. A le voir ainsi prendre son temps, je comprends qu’il a besoin de me parler. Et Le Guillou le comprend aussi, qui passe dans la chambre d’isolement. » ?

Ce « Cette érudition frimeuse est perdue pour Vigneron qui se rechausse lentement, sans piper mot, l’œil soucieux derrière ses lunettes de fer. A le voir ainsi prendre son temps, je comprends qu’il a besoin de me parler. Et Le Guillou le comprend aussi, qui passe dans la chambre d’isolement. » n’aurait-il pas déjà été grossièrement circonscrit avec l’emploi de ces deux mots : « Cette érudition frimeuse est perdue pour Vigneron qui se rechausse lentement, sans piper mot, l’œil soucieux derrière ses lunettes de fer. A le voir ainsi prendre son temps, je comprends qu’il a besoin de me parler. Et Le Guillou le comprend aussi, qui passe dans la chambre d’isolement. » et « Cette érudition frimeuse est perdue pour Vigneron qui se rechausse lentement, sans piper mot, l’œil soucieux derrière ses lunettes de fer. A le voir ainsi prendre son temps, je comprends qu’il a besoin de me parler. Et Le Guillou le comprend aussi, qui passe dans la chambre d’isolement. » ?

De ce fait ne se serait-il pas (lui-même) posé (donné) un problème ?

 

Cette explication n’aurait-elle pas été conjecturée à partir de ces éléments : « Cette érudition frimeuse est perdue pour Vigneron qui se rechausse lentement, sans piper mot, l’œil soucieux derrière ses lunettes de fer. A le voir ainsi prendre son temps, je comprends qu’il a besoin de me parler. Et Le Guillou le comprend aussi, qui passe dans la chambre d’isolement. » ?

N’aurait-elle pas été résumée en ces termes : « Cette érudition frimeuse est perdue pour Vigneron qui se rechausse lentement, sans piper mot, l’œil soucieux derrière ses lunettes de fer. A le voir ainsi prendre son temps, je comprends qu’il a besoin de me parler. Et Le Guillou le comprend aussi, qui passe dans la chambre d’isolement. » ?

Les opérations effectuées par le médecin pour parvenir à sa conclusion n’auraient-elles pas été ainsi résumées : « Cette érudition frimeuse est perdue pour Vigneron qui se rechausse lentement, sans piper mot, l’œil soucieux derrière ses lunettes de fer. A le voir ainsi prendre son temps, je comprends qu’il a besoin de me parler. Et Le Guillou le comprend aussi, qui passe dans la chambre d’isolement. » ?

 

D’une part le narrateur n’aurait-il pas lui-même éprouvé et validé sa déduction par cette observation : « Cette érudition frimeuse est perdue pour Vigneron qui se rechausse lentement, sans piper mot, l’œil soucieux derrière ses lunettes de fer. A le voir ainsi prendre son temps, je comprends qu’il a besoin de me parler. Et Le Guillou le comprend aussi, qui passe dans la chambre d’isolement. » ?

Cette remarque n’aurait-elle pas en effet validé ce segment de la conclusion explicative du médecin : « Cette érudition frimeuse est perdue pour Vigneron qui se rechausse lentement, sans piper mot, l’œil soucieux derrière ses lunettes de fer. A le voir ainsi prendre son temps, je comprends qu’il a besoin de me parler. Et Le Guillou le comprend aussi, qui passe dans la chambre d’isolement. » ?

 

D’autre part cette déduction n’aurait-elle pas été aussitôt accréditée par cette question de Vigneron : « Docteur (…) vous trouvez ça correct de laisser ignorer à un gars que son père est mort ? » ?

De la part de Vigneron, son interrogation n’aurait-elle pas constitué pour ainsi dire une mise à l’épreuve spontanée ? Cette épreuve n’aurait-elle pas concerné toutes les composantes de cette conclusion hypothétique du médecin : « Cette érudition frimeuse est perdue pour Vigneron qui se rechausse lentement, sans piper mot, l’œil soucieux derrière ses lunettes de fer. A le voir ainsi prendre son temps, je comprends quil a besoin de me parler. Et Le Guillou le comprend aussi, qui passe dans la chambre d’isolement. » ?

Ainsi la problématique que le médecin, suite à ses déductions se serait (lui-même) posée ne serait-elle pas devenue un problème partagé entre lui et Vigneron ?

En effet, un silence et un départ de ce dernier n’auraient-ils pas bien affaibli sinon détruit la conjecture du médecin ? Dans ce cas de figure, le médecin ne serait-il pas alors demeuré avec son problème et ses spéculations ?

 

 

 

 

Néanmoins ce résultat, « Docteur (…) vous trouvez ça correct de laisser ignorer à un gars que son père est mort ? », ne constituerait-il pas un nouveau problème posé par Vigneron au  narrateur ? En lui donnant suite, le médecin ne s’en serait-il pas tout de même approprié ? N’y aurait-il point de ce fait une mise en commun du problème, asymétrique certes mais bel et bien mise en commun ?

D’une part ne l’aurait-il pas été énoncé par le médecin sous la forme de ce dilemme : « Difficile de répondre oui. Délicat de répondre non. Je ramène le problème du général au particulier. » ?

D’autre part, l’alternative n’aurait-elle pas été accompagnée de cette indication de solution de la part du narrateur : « Difficile de répondre oui. Délicat de répondre non. Je ramène le problème du général au particulier. » ? En ces termes, la démarche qui serait adoptée par le médecin dans la résolution du problème posé par Vigneron n’aurait-elle pas été esquissée?  Ainsi le problème posé par Vigneron au narrateur ne serait-il pas devenu tout à fait le problème du médecin ?

 

Cette manière de dire ne laisserait-elle pas en effet saisir tout de même une hypothèse du médecin face au problème posé ? Pour lui, la question apparemment générale de Vigneron ne comporterait-elle pas son complémentaire : « Difficile de répondre oui. Délicat de répondre non. Je ramène le problème du général au particulier. »… celui du questionneur ?

Autrement comment aurait pu être envisagée cette opération solutionnante du point de vue du médecin : « Difficile de répondre oui. Délicat de répondre non. Je ramène le problème du général au particulier. » ? Ce verbe n’aurait-il d’ailleurs pas été utilisé : « Difficile de répondre oui. Délicat de répondre non. Je ramène le problème du général au particulier. » ? Ce terme ne serait-il pas équivalent à ‘‘faire revenir dans le lieu antérieur’’, ‘‘replacer dans sa position initiale’’ ?

 

 

La suite du récit du disciple d’Hippocrate ne ferait-elle pas voir la mise en œuvre de la solution adoptée par lui pour résoudre son problème « Difficile de répondre oui. Délicat de répondre non. Je ramène le problème du général au particulier. » ? Ne montrerait-elle pas de quelle façon aurait été recherché « Difficile de répondre oui. Délicat de répondre non. Je ramène le problème du général au particulier. » ?

Cette recherche ne laisserait-elle pas ainsi voir une succession de nouveaux problèmes suivis de nouvelles hypothèses de même que leur mise à l’épreuve accompagnée des résultats ? Cette investigation ne débuterait-elle pas avec une nouvelle hypothèse aussitôt mise à l’épreuve  avec l’emploi de la forme interrogative en ces termes : « Vous avez des inquiétudes sur la santé de votre père ? » ? Après sa réfutation, une autre hypothèse n’aurait-elle pas été produite, toujours par le narrateur et mise à l’épreuve grâce à cette interrogation : « Pour votre femme alors ? » ? Une réfutation n’aurait-elle pas alors suivi ?

 

Cette séquence, (nouvelle) donnée, (nouvelle) hypothèse, (nouvelle) mise à l’épreuve, (nouveau) résultat ne constituerait-elle pas un exemplaire de l’abduction ou de la méthode expérimentale ? Ne se serait-elle pas poursuivie jusqu’à ces remarques particulières de vigneron ? :

 

Et votre fiancée se porte mal ?

-Oh, non ! Pas du tout !

Je me tais. J’attends. Il me regarde, baisse les yeux, les relève, et dit :

En deux semaines de marée, pas un mot d’elle !

Et tout d’un coup il éclate :

C’est pas un monde, ça, docteur ! Je reçois dix à quinze familigrammes par jour et pas un seul pour moi !

 

 

 

 

Grâce à l’abduction, à la méthode expérimentale, le médecin n’aurait-il pas ainsi éprouvé puis validé l’hypothèse qui sous-tendait la formulation de sa solution face à son problème: «Difficile de répondre  oui. Délicat de répondre non. Je ramène le problème du général au particulier. » ?

En dépit de sa forme générale, trompeuse, comme l’avait supposée le narrateur dans la formulation de sa solution, cette question de Vigneron s’avèrerait-elle être en fait une énonciation particulière : « Docteur (…) vous trouvez ça correct de laisser ignorer à un gars que son père est mort ? » ?

 

 

 

 

Cette fiction n’offrirait-elle pas ainsi l’opportunité de saisir en quoi l’exploitation d’une mise en oeuvre de l’abduction, de la méthode expérimentale par un locuteur serait fructueuse dans un entretien (clinique) ayant pour objet les conditions de (non) possibilité du problème posé par le (au) locuteur  ?

 

En effet une exploitation de toute façon de dire et de faire rappelant, de près ou de loin, la méthode expérimentale, l’abduction ne pourrait-elle pas mener à des éléments de réponse à ces interrogations de base d’un entretien (clinique) dont l’objet serait les conditions de (non) possibilité du problème posé par la (à la) personne qui la met en œuvre : « quels problèmes se sont-ils posés à cette personne ? Quels problèmes cette personne s’est-elle posé ? A partir de quoi, de qui, à propos de quoi, de qui s’en est-elle posé, dans quel espace, à quel moment ? Autrement dit, quelles seraient les conditions de (non)possibilité de ces problèmes ? Quelles seraient les hypothèses de cette personne ? Quelles opérations aurait-elle mis en oeuvre pour parvenir à ces conjectures ? Quelles opérations aurait-elle mené pour mettre à l’épreuve ces dernières ? Pour cette personne, quelles seraient les solutions envisagées, autrement dit quelles seraient les conditions recherchées pour que le(s) problème(s) posé(s) ne le soi(en)t plus ? Pour cet individu, quelles seraient les opérations mises en oeuvre, à mettre en oeuvre pour y parvenir ?

 

Les réponses à toutes ces questions ne seraient-elles donc point ce qui serait recherché dans un entretien (clinique) dont l’objet est le problème posé par l’interlocuteur (à l’interlocuteur) accompagné de sa solution : ses conditions de non-possibilité ?

 

Une telle exploitation ne consisterait-elle pas à enchâsser la mise en œuvre de l’abduction, la méthode expérimentale dans la forme de vie à laquelle reviendrait cette mise en œuvre ?

Un tel enchâssement ne laisserait-il pas justement saisir comme dans la relation ci dessus à la fois les conditions spatio-temporelles des opérations effectuées en même temps que les opérations effectivement menées ou non ?

 

 



[i]

Robert MERLE Le jour ne se lève pas pour nous Sous-Marins Omnibus 1980 pp 856 859.

[ii] http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=abduction%20logique%20d%C3%A9finition&source=web&cd=5&ved=0CEcQFjAE&url=http%3A%2F%2Fbasepub.dauphine.fr%2Fbitstream%2Fhandle%2F123456789%2F3186%2Fdavid.pdf%3Fse&ei=6rjJUNLwOo_Gswb4soH4BA&usg=AFQjCNFZIKy4l3jYYR_30zKNfKMSap5_rQ&cad=rja

[iii] http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=semmelweis&source=web&cd=6&cad=rja&sqi=2&ved=0CFIQFjAF&url=http%3A%2F%2Fwww.ac-grenoble.fr%2FPhiloSophie%2Flogphil%2Fnotions%2Ftheo_exp%2Fetonne%2Fpurpera1.htm&ei=5LbJUP6vMM_KtAbsgoHQDg&usg=AFQjCNHKf5S9G8WSma_Bfi-hYzViTJuLHA

[iv]

http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=semmelweis&source=web&cd=2&cad=rja&sqi=2&ved=0CDgQFjAB&url=http%3A%2F%2Fwww.medarus.org%2FMedecins%2FMedecinsTextes%2Fsemmelweis.html&ei=5LbJUP6vMM_KtAbsgoHQDg&usg=AFQjCNE0F5RY56Jf-ck-hK1QXLpYmxWRtw

[v]  http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=2&ved=0CEAQFjAB&url=http%3A%2F%2Fwww.destinationsante.com%2FClaude-Bernard-le-pere-de-la-methode-experimentale.html&ei=s3vQUPOPDMPOtAaVq4CIDA&usg=AFQjCNHe2wxwJcS2cIIO2aHpyhGwNusUiA&bvm=bv.1355534169,d.Yms&cad=rja

[vi]

Base Opérationnelle des Forces Océaniques Stratégiques (Brest)

[vii] Les coupures  ne sont pas de Robert Merle mais de l’auteur du blog.

[viii]

Sous-marin Nucléaire Lance Engin

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