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langage modélisation interaction (clinique) dont la visée est la pertinence avec l'interlocuteur notamment, la caractérisation de l'objet de la transaction pour lui, en particulier les conditions de (non) possibilité de cet objet.
culture / culturel?

 

 

 

 

 

(130812)- Qu’est-ce qui nous fait dire «c’est culturel»? L’origine géographique de l’interlocuteur? Son physique? Ses expressions?…

Les façons de dire et de faire d’un parisien, d’un auvergnat, ne seraient-elles pas autant culturelles que les façons de dire et de faire de n’importe quel individu: abénaquis, bétizaanstad(ois)…?

« ça me prend la tête »ne serait-il pas tout aussi culturel que «un fil à la patte», «tel un achigan», «face-à-face avec le diable»[i], «dans le jardin de la bête», avec le « retour du centaure »[ii], «j’ai la mémoire qui flanche », « allo maman bobo », « je t’aime moi non plus», « … un marabout payé par les autres m’avait jeté un sort », ainsi que j’ai «la bouche qui marche» pour «aller au pas du caméléon»  alors qu’il reste à «peindre le point dans l’œil du dragon» sur son «toboggan» durant«le repas des fauves »…

La consommation de couscous, de nèm et autres  sushi serait-elle plus culturelle que celle d’une baguette , de spaghettis avec ou sans baguette, tapas, de cau cau, de brin d’amour … ?

 

 

Ne serions-nous donc pas tous, les uns autant que les autres des êtres humains? A ce titre ne serions -nous pas tous des êtres de langage et  de culture, des êtres de culture et de langage avec nos façons de dire et nos façons de faire? Toutes, sans exception aucune, nos façons de dire et de faire ne seraient-elles pas alors toutes culturelles ? « C’est culturel » ne pourrait pas ainsi s’appliquer à n’importe quelle façon de dire et de faire de tout être humain?

 

Dans un entretien (clinique), «c’est culturel» ne serait-il pas fréquemment associé à «ethnopsychiatrie», notamment à certaines de ses pratiques cliniques? Une telle démarche serait-elle donc totalement dénuée d’intérêt? Mais alors pour quelle raison exclure un Français d’un tel raisonnement, un Belge, un Basque, un Andalou pour la réserver à un Domien par exemple?

Là ne se situerait-il pas le danger d’une telle démarche? Pencher pour une certaine pratique clinique de l’ethnopsychiatrie dans un entretien avec l’autre plutôt qu’avec l’un ne découlerait-il pas de ce genre de raisonnement: tel individu, tel groupe d’individus serait irrémédiablement inaccessible à telle ou telle façon de dire et telle façon de faire, telle pratique de l’entretien (clinique)… notre pratique? L’autre face de ce schéma ne serait-elle pas aussi pernicieuse? Telle pratique pour tel individu, et telle autre pour tel individu, telle problématique même? Une approche pour l’addiction à l’alcool, une autre pour l’herbe, et pourquoi pas une pour le Whisky, une pour le beaujolais, encore une autre pour le pur malt, une autre pour le tourbé…?

Ce genre de point de vue n’aurait-il pas longtemps présidé à l’opinion selon laquelle «les slaves, les asiatiques et autres chinois… » ne seraient pas capables d’assumer les responsabilités de leur indépendance, ne seraient pas accessibles aux subtilités de la démocratie?

Que répondrait Subhash Chandra Bose? Que répondraient  Gandhi, José Maria Morélos, Guadalupe Victoria et Vicente Guerrero? Que répondraient Jomo Kenyatta et tant et tant de femmes et d’hommes, Paddy Djiagween et son fils Patrick Dodson, Phetsarath, kommadan …?

Que dirait Jan Palach? Que diraient alors les Pussy Riot et cet être humain de T’iananmen seul face aux blindés? Que diraient tous ces acteurs de tous ces printemps qui n’ont jamais cessé d’ éclore et qui s’épanouiront encore et encore sur tous les continents? Dans certaines conditions, l’emploi de «c’est culturel» ne montrerait-il pas que cette perspective perdurerait et de manière vivace?

Pour ces mêmes types d’arguments, d’aucuns n’auraient-ils pas longtemps estimé qu’ Angkor Vat ne serait pas l’œuvre des khmers mais d’autres populations, européennes notamment, d’extra-terrestres même…?

Pour ces mêmes  raisons, la tentation ne serait-elle pas toujours grande de refuser d’attribuer la dame  blanche , le grand Zimbabwe  et nombre de  «productions» au sens large aux autochtones d’Afrique et d’ailleurs?

 

 

Plutôt que de nous dire «c’est culturel» devant une façon de dire et de faire ne serait-il pas pertinent de nous demander ce qui nous pose problème et comment le résoudre au lieu de recourir à une qualification stérile, qui plus est, dangereuse ?

Ne serait-ce point là une façon judicieuse d’exploiter une conception problématologique du langage? A quelles conditions cette locution serait-elle donc utilisée? A propos de qui, de quoi? Bien entendu quelles conditions devraient-elles être satisfaites pour que cette phrase soit caduque? Ainsi ne se montreraient pas les problèmes à traiter tels que cet emploi cesse?

L’emploi de «c’est culturel» ne montrerait-il pas en effet une difficulté rencontrée face à l’interlocuteur? En quoi consisterait-elle?

Problème de langue? Question de méthode? Refus de l’interlocuteur de suivre la démarche préconisée…? Chaque problème rencontré ne mériterait-il pas d’être analysé de près? A partir de quel point cette difficulté se serait-elle manifestée?

Quel est le problème posé admis comme hypothèse de travail? Y a-t-il ou non adhésion de part et d’autre à cette première hypothèse? Quelles conditions  devraient-elles être satisfaites pour que ce problème cesse de se poser pour le locuteur et l’interlocuteur? Répondre à toutes ces interrogations ne constituerait-il pas le but principal de tout entretien (clinique) qui se voudrait pertinent?

 

 

 

Dans un entretien (clinique), lorsque l’objet est le problème posé et ses conditions de (non)possibilité, ne serait-il pas bien plus heureux d’exploiter le concept «être de langage» en priorité par rapport à celui de culture, d’ethnopsychiâtrie?

A la place de «c’est culturel», ces expressions ne seraient-elles pas préférables et bien plus exploitables: «C’est une façon de dire et de faire» (et quoi donc?), «c’est du langage» (employé au sujet de qui, de quoi et dans quelles conditions d’espace et de temps) ?

Cette dernière préconisation ne serait-elle pas ainsi plus judicieuse que «c’est culturel»? Dans un entretien (clinique), ne devrait-elle pas être appliquée lorsque seraient utilisées quantité de qualifications sinon toutes? «C’est (pas) bête», «c’est (pas) narcissique», «c’est (pas) caractériel, névrotique, maléfique, psychotique, démoniaque, psychologique, abusif, symbiotique, intelligent, symbolique, un harcèlement, obsessionnel, moral, pervers, machiavélique… ».

 


[i] Blaise DE  CHABALIER le figaro littéraire 300812 p 7

[ii] Ariane BAVELIER Le Figaroscope n° 21173 300812 p29

 

 

 

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(310812)- Finalement, «c’est culturel, c’est (pas) narcissique», caractériel, névrotique, maléfique, psychotique, démoniaque, psychologique, abusif, symbiotique, intelligent, symbolique, un harcèlement, obsessionnel, moral, pervers, machiavélique… » ne constitueraient-ils pas autant de manières de parler de quelque chose? Ces raccourcis ne seraient -ils pas inévitables dans certaines conditions à l’instar de toute appellation et autre pseudo-description?

Ne serait-ce  donc point autant de manières de parler de certaines façons de dire et de faire, un jeu de langage? Cette manière de parler n’indiquerait-elle pas un problème? Ainsi l ne  proposerait-elle pas la problématologie?

Si l’entretien (clinique) ayant pour objet le problème posé avec ses conditions de (non) possibilité, la première opération à mener ne devrait-elle pas viser à dégager les conditions pour lesquelles s’appliquerait ou non cette manière de parler? Pour cela ne faudrait-il pas et ne suffirait-il pas d’enchâsser ce jeu de langage dans sa forme de vie?

Ainsi  ce dont il serait question ne se montrerait-il pas?

Les conditions pour lesquelles il n’en serait pas (plus) question ne se laisseraient-elles pas aussi voir dans cet espace-temps circonscrit : la situation- contexte de telle et telle manière de parler?

 

 

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