jeudelangage.eu
langage modélisation interaction (clinique) dont la visée est la pertinence avec l'interlocuteur notamment, la caractérisation de l'objet de la transaction pour lui, en particulier les conditions de (non) possibilité de cet objet.
Le langage comme calcul?
Catégories: jeu de langage 3

(310512)-Le fragment ci dessous de la Cantatrice Chauve[1] n’illustre-t-il pas mieux qu’un long discours le concept de langage comme calcul ?

Dans leurs échanges, afin d’éviter les confusions, Monsieur et Madame Smith n’ont-ils pas été amenés à fournir les conditions pour lesquelles s’appliquent pour eux « La pauvre Bobby » et bien entendu « Bobby Watson »? Ainsi n’ont-ils pas permis de calculer les conditions pour lesquelles « la pauvre Bobby », « Bobby Watson » sont les cas pour le locuteur? De ces façons n’auraient pas été menées les transformations nécessaires telles que ces échanges de signes ne se réduisent pas de simples échanges de sonorités entre les interlocuteurs?

 

« (…)

MONSIEUR SMITH  toujours dans son journal : Tiens, c’est écrit que Bobby Watson est mort.

MADAME SMITH : Mon Dieu, le pauvre, quand est-ce qu’il est mort ?

(…)

MADAME SMITH : La pauvre Bobby.

MONSIEUR SMITH : Tu veux dire « le » pauvre Bobby.

MADAME SMITH : Non c’est à sa femme que je pense. Elle s’appelait comme lui, Bobby, Bobby Watson. Comme ils avaient le même nom, on ne pouvait pas les distinguer l’un de l’autre quand on les voyait ensemble. (…) Mais qui prendra soin des enfants ? Tu sais bien qu’ils ont un garçon et une fille. Comment s’appellent-ils ?

MONSIEUR SMITH : Bobby et Bobby comme leurs parents. L’oncle de Bobby Watson, le vieux Bobby Watson, est riche et il aime le garçon. Il pourrait très bien se charger de l’éducation de Bobby.

MADAME SMITH : Ce serait naturel. Et la tante de Bobby Watson, la vieille Bobby Watson, pourrait  très bien à son tour, se charger de l’éducation de Bobby Watson, la fille de Bobby Watson. Comme ça la maman de Bobby Watson, Bobby, pourrait se remarier. Elle a quelqu’un en vue ?

MONSIEUR SMITH : Oui, un cousin de Bobby Watson.

MADAME SMITH : Qui ? Bobby Watson.

MONSIEUR SMITH : De quel Bobby Watson parles-tu ?

MADAME SMITH : De Bobby Watson, le fils du vieux Bobby Watson, l’autre oncle de Bobby Watson, le mort.

MONSIEUR SMITH : Non, ce n’est pas celui là, c’est un autre. C’est Bobby Watson, le fils de la vieille Bobby Watson, la tante de Bobby Watson le mort..

MADAME SMITH : Tu veux parler de Bobby Watson, le commis voyageur ? »

 


[1] Eugène IONESCO : La Cantatrice Chauve  Théâtre complet Bibliothèque de la Pléiade  Gallimard 1990  pp 12 14.

 

 

***

 

 

(120812)-Cet extrait ne fait-il pas voir qu’un certain nombre d’opérations aurait été effectuées par McClusky? Ses calculs, les transformations effectuées, n’auraient-ils pas intégré un certain nombres de paramètres? Les résultats de ces opérations n’auraient-ils pas été éprouvés :

« Quant aux autres appareils américains qui prirent part au raid, (…) (ils) cherchèrent en vain les porte-avions japonais. (…) Cinquante autres bombardiers (…) avaient dépassé la position qu’ils avaient calculé devoir atteindre et avaient été obligés de retourner apponter sur l’Enterprise (leur porte-avions d’attache) : c’est en cours de trajet qu’ils aperçurent un contre-torpilleur nippon qui se dirigeait vers les porte-avions comme pour les rejoindre. Le commandant du groupe aérien, le lieutenant McClusky, interpréta correctement le mouvement de ce bâtiment, de sorte qu’il n’eût qu’à le suivre pour repérer les porte-avions japonais à 10h5 (…) »?[1]

Le texte ne montre-t-il pas ces valeurs prises en compte par McClusky dans son calcul : « le mouvement de ce bâtiment », « ils avaient dépassé la position qu’ils avaient calculé devoir atteindre »?

Si les porte-avions japonais n’avaient pas été repérés, ne serait-il pas possible de dire que les transformations effectués par McClusky n’étaient pas corrects?


[1] Antony PRESTON Histoire des porte-avions PML EDITIONS 1980 pp 120

 

 

***

 

 

 

En utilisant une langue, tout être humain ne procèderait-il  donc pas à un calcul avec les signes employés? La première des transformations effectuées ne consisterait-elle pas en une actualisation? Chaque fois que le signe  « je » est employé, la valeur « le locuteur » ne lui serait-elle pas attribuée? Chaque fois que ces signes sont utilisés, leurs valeurs ne seraient-elles pas déterminées dans des conditions d’espace et de temps définies : « ici’, « maintenant, « demain »… « il est mort », « mon angoisse », « un enfer »,  « un marabout payé par les autres m’a jeté un sort »…? Ces mêmes conditions ne détermineraient-elles pas leurs possibles transformations telles qu’elles demeurent pertinentes pour la personne qui les utilisent? Ces métamorphoses ne concerneraient-elles pas autant celles  qui leur auraient été apportées aussi bien que celles qui pourraient leur être apportées?

 

Dans un entretien (clinique) ayant pour objet les conditions de (non) possibilité du problème posé au /par le locuteur,  l’exploitation du concept de langage comme calcul ne serait elle pas ainsi tout à fait indiquée?

 

 

 

 

 

 

Catégories: jeu de langage 3 -

Laisser une réaction

Vous devez être connecté pour écrire un commentaire.